Les histoires inédites de Cortázar, “le grand couturier de la mode”

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Grâce à ses dons précoces de comédien, ses parents l’ont inscrit à la compagnie infantile de Misi, afin de l’aider à devenir acteur. Cependant, c’est pour les créations de la costumière qu’il s’est enthousiasmé. Là, parmi les machines à coudre, il a commencé une carrière de dessinateur précoce pleine de succès qui l’a mené à des sommets impressionnants : à 15 ans il a fait sensation lors de la Semaine de la Mode à Miami. À 22 ans il est devenu directeur de la création d’Ungaro et depuis deux ans, il est dessinateur chez Net à Porter, le magasin de luxe “en ligne” le plus important du monde, avec un chiffre d’affaires de 150 millions de dollars par an. C’est lui, Esteban Cortázar, couturier de mode né à Bogota et qui, en mai, vient d’avoir 30 ans.

Por: Carolina Niso

Tout a commencé avec de réels dons d’acteur, dès l’âge de trois ans. Très vite, ses parents se sont rendus compte de la particularité de leur fils : il aimait se déguiser, jouer des personnages et raconter des histoires à travers ses vêtements. Il voulait ainsi attirer l’attention.

Il était toujours entouré d’artistes : son père était peintre et sa mère pianiste. Ils étaient étonnés de voir qu’Estéban, à cinq ans, adorait s’amuser, interpréter et inventer des chansons. C’est pourquoi ils ont pris la décision de l’inscrire à l’école créative de marionnettes, de danse, de théâtre et de comédies musicales de la compagnie infantile de Misi.

Maria Isabel Murillo, Misi, a été celle qui l’a formé au niveau musical et artistique. “C’était un enfant très différent des autres”, se rappelle-t-elle. De fait, Josefina Samper, la mère de Misi, dessinatrice des costumes des spectacles de sa fille, et ce jusqu’à sa mort, a été son premier professeur dans la science de la haute couture. “Esteban était toujours près d’elle, il aimait voir comment étaient faits les costumes, pour tout de suite les essayer “.

Des années plus tard, quand sa vocation était déjà un destin, Esteban est revenu à la compagnie de Maria Isabel Murillo comme dessinateur. Après la mort de Madame Josefina, le jeune Cortázar a créé les costumes pour deux spectacles de son show : Grease et Jésus-Christ Superstar, avant d’aller triompher à Paris.

Depuis lors, il était déjà clair que le jeune créateur de Bogota possédait un caractère marqué de leader. Tous ceux qui ont accompagné sa formation sont d’accord pour dire qu’ils ont toujours vu dans le monde intérieur d’Esteban un goût de l’esthétique très sûr. Sa détermination s’est imposée très jeune.

D’un goût exquis, Esteban Cortázar a fait face à la vie avec une incroyable décision. Son style a toujours été avant-gardiste et grâce à ça il a réussi à faire sensation, à 14 ans, lors de la Semaine de la Mode à Miami. Il est devenu le dessinateur créateur d’Ungaro à 22 ans; et depuis deux ans est un des créateurs de Net à Porter, le magasin de luxe en ligne le plus important du monde avec un chiffre d’affaires de près de 150 millions de dollars par an.

C’est, bien sûr, l’un des couturiers colombiens qui est allé le plus loin. Mais cette notoriété ne lui est pas montée à la tête. Au contraire, ses proches le définissent comme un jeune homme sympathique, simple, affectueux, avec une grande force d’esprit, décidé et très clair dans ce qu’il veut. Et ça se voit sur son visage : ouvert, humble, plein d’amour…

Sa mère, Dominique (d’origine française), confie qu’Estéban a hérité de son grand-père maternel la volonté de toujours voir plus loin. “Son grand-père, qui était architecte et qui avait une grande discipline de travail fut surpris de voir Esteban si décidé pour son âge. Peu de personnes sont comme lui, peu de personnes ont cette qualité”. Par ailleurs, son père Valentino, de Bogota, pensait qu’Estéban avait un don particulier, mais il l’avait toujours imaginé plus acteur que dessinateur.

Dominique était venue en vacances en Colombie et y a rencontré Valentino. Des mois après ils se sont mariés à Ibiza, puis sont partis vivre à Paris. Mais très vite ils ont décidé de retourner en Colombie. Tout a été très rapide jusqu’à ce que, le 17 mai 1984, Esteban Cortázar, leur fils, naisse à Bogotá.

La jeune étoile du design colombien a eu 30 ans à la mi-mai. Mais oui, à peine 30 ans.

Tout semble indiquer que vous en êtes là, grâce à l’appui de votre famille, n’est-ce-pas ?

J’ai pu vivre tout ce que j’ai vécu, parce que j’ai des parents qui m’ont laissé être ce que je suis. Non seulement ils m’ont soutenu avec l’art, mais ils ont respecté la personne que j’étais, avec mon âme et ma sensibilité. Ma relation avec eux est magnifique, parce que la seule chose qu’ils ont toujours voulue, c’est que j’aie un sourire sur mon visage.

Vos parents disent que votre sens de l’observation depuis l’enfance a été décisif pour votre carrière…

Depuis très petit j’ai un grand sens de l’observation à l’égard de la mode. Je regardais ma mère et vivais dans l’attente de ce qu’elle allait mettre : les chaussures, les accessoires, etc…Je portais tellement d’attention à sa façon de s’habiller que, très tôt, j’ai commencé à observer aussi ses amies. Un jour je lui ai dit : “Mais maman, ton amie a remis les mêmes boucles d’oreille que la semaine dernière”. Et elle s’est mise à rire. J’observais beaucoup les gens, leur façon de parler et de marcher. J’imitais les actrices avec beaucoup d’humour. Et je le faisais pour amuser ma famille et mes amis.

Est-il vrai qu’à six ans vous disiez vouloir être modèle ?

Oui, j’ai dit cela à maman et elle m’a répondu : “Tout ce que tu voudras dans la vie, tu l’obtiendras et tu seras le meilleur”. Et ça a été ainsi. Un jour j’ai réussi à être modèle quand un ami de mon père m’a pris en photo en jeans à Miami. J’étais encore un enfant.

Votre papa est parti vivre aux Etats-Unis. Vous avez commencé à voyager là-bas tout jeune. Est-ce que cela vous a aidé pour votre carrière ?

D’abord, mon père est parti à Miami. Ensuite il a déménagé à New York. J’ai donc commencé à voyager très tôt. Quand il a habité à Manhattan, il m’a ouvert le monde des musées et des comédies musicales de Broadway. Mais c’est finalement à 11 ans que je suis venu vivre avec lui.

Qu’est-ce qu’a signifié pour vous vivre et grandir à Miami ?

J’ai eu la chance d’arriver très jeune à Miami. J’avais quatre ans quand j’ai commencé à voyager dans la capitale du soleil dans les années quatre-vingt-dix. Je rendais visite à mon père à South Beach, qui à l’époque n’était qu’un village, il n’y avait presque rien. Beaucoup de gens de la mode arrivaient peu à peu comme Gianni Versace, qui a construit sa maison là-bas, de grands photographes comme Patrick Demarchelier et Bruce Weber, des top modèles, des chanteurs et des acteurs comme Sylvestre Stallone, et des chanteuses comme Madonna et Jennifer López. C’était une époque de renaissance pour Miami. J’ai eu la chance d’avoir vécu cela très spontanément et cette expérience sera toujours gravée en moi. De plus, j’ai étudié là-bas dans un collège spécialisé dans les arts qui s’appelle « Dash » (le Design Architecture Senior High). J’ai toujours eu une influence latine et je crois que les années que j’ai vécues à Miami m’ont beaucoup formé. C’était le début de la grande observation, et comme je savais ce que je voulais faire dans la vie, j’ai su que toutes les choses autour de moi, les looks et les styles, allaient être décisifs.

A cette époque vous aimiez toujours le métier d’acteur et vous avez même représenté Oliver Twist: n’est-ce-pas ?

Quand je suis entré au collège à Miami, je me suis inscrit au club de théâtre dramatique. C’est quand ils ont monté l’oeuvre d’Oliver Twist que j’ai passé l’audition. Ils m’ont donné le rôle et m’ont mis en couverture de la section des arts du journal de l’école. Cette représentation a été un succès et ils ont mis ma photo dans le journal Miami Herald. Quand ma mère a lu l’article, elle s’est rappelée une anecdote : Lorsque j’étudiais au Lycée Français de Bogotá, l’un de mes professeurs lui avait dit : “Votre fils n’est pas bon en mathématiques, mais bientôt il sera très célèbre”. Après avoir parcouru le reportage, elle s’est dit: “Son professeur avait raison”. Ensuite j’ai représenté Elvis Presley. Ce n’est pas par manque d’intérêt que j’ai laissé le monde des acteurs, c’est seulement que j’ai pris une autre voie. Pourtant l’amour pour le jeu d’acteur est toujours là et un jour je l’explorerai.

Pourquoi avez vous décidé d’être dessinateur ?

Quand j’étais petit, j’ai eu une période où je savais que je voulais être acteur. Pour moi, le cinéma m’a introduit dans le monde de la mode par l’envie d’attirer l’attention, d’être sur un plateau. A Miami, quand j’ai commencé à voir les modèles sur la plage, les défilés, les campagnes publicitaires dans différentes revues, quand j’ai découvert ce monde, il m’a semblé que c’était une façon d’exprimer une histoire comme un acteur exprime un personnage. Un scénariste donne vie à un récit au travers d’un film ou d’une pièce de théâtre. Mon intérêt pour la mode a débuté avec l’envie de raconter une histoire au public.

A quel moment avez vous trouvé votre vocation de dessinateur ?

À Miami, j’aimais dessiner, et décorer des vitrines pour gagner un peu d’argent. Les années 50’s et le vintage me plaisaient. Un jour, mon ami et dessinateur Todd Oldham, m’a invité à un défilé de mode à New York avec des top modèles. J’étais très ému. Je suis parti seul avec la permission de mon père et j’ai vu le montage, le style, les agences… Je suis arrivé à Soho et j’ai pu tout découvrir, de l’intérieur et de l’extérieur. À Brian’s Park j’ai été au premier rang. C’était un privilège pour un enfant de 13 ans. Ce fut une révélation. Ce voyage a été vital dans ma vie, j’ai commencé à m’intéresser aux tissus et à la mode. Un jour j’ai pris une caisse de tissus de toutes les couleurs qu’Oldham m’avait offerte. Je me suis mis à coudre, en m’aidant d’une épingle. C’est à ce moment- là que j’ai décidé de préparer mon premier défilé de mode dans mon collège.

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À quel âge avez-vous fait votre premier défilé de mode ?

J’avais 13 ans. C’était la première fois qu’il y avait un défilé de mode dans un collège de Miami. Tout le monde m’a encouragé. J’ai fait un montage avec l’aide de personnes très professionnelles. Mes collaborateurs étaient très bons. J’ai choisi trois filles et leur ai appris à défiler : une noire, une latino et une américaine. Je leur ai dessiné des vêtements et j’ai dirigé les couturières. Mon père a fabriqué un énorme rideau. À partir de là, les portes de ce monde s’ouvraient à moi.

Votre père dit que votre deuxième défilé à Miami a fait sensation par son montage. Qu’avez-vous fait ?

Mon père m’a changé de collège pour un autre dédié plus spécifiquement au dessin et à l’art et c’est là-bas que j’ai réalisé mon deuxième défilé, en plein air cette fois-ci, inspiré du Petit Chaperon Rouge. Beaucoup de gens sont venus. J’avais déjà des filles modèles plus sophistiquées. Je savais alors que c’était ce que je voulais faire dans la vie. J’ai installé mon atelier à côté de celui de mon père, avec des posters de Kate Moss, qui était ma muse, mon inspiration. Là j’avais tout : un mannequin, une table, des photographies et des couturières. Je dirigeais les filles pour les défilés. À 15 ans j’ai été invité à la semaine de la mode à Miami.

Quels ont été vos premiers mentors ?

Todd Oldham, Kalman Ruttenstein et Ferdinand Grandi ont été mes grands mentors. Todd Oldham, le dessinateur, pour m’avoir invité pour la première fois à un défilé de mode à New York. Ferdinand Grandi, un entrepreneur italien, a été mon premier sponsor. J’ai fait sa connaissance un jour lors d’un déjeuner à l’hôtel South Beach Delano. Plus tard, en vacances à New York, un ami m’a invité à un dîner où je l’ai revu ; il est devenu alors mon mécène et m’a aidé à monter mon premier atelier de couture. À 18 ans je me suis présenté pour la première fois à la semaine de la mode à New York. Kalman Ruttenstein, qui a été le président de Bloomingdales durant de nombreuses années, m’a donné l’une des plus grandes opportunités de ma vie. Je l’ai rencontré à une fête pour une revue qui s’appelait Details Magazine; il a été l’une des premières personnes qui ont vu mes dessins et depuis cette époque il m’a aidé. Quand il a vu ma première collection officielle lors de la New York Fashion Week, en 2002, il m’a invité à l’exposer dans les vitrines du magasin Bloomingdales sur Lexington Avenue, pendant une semaine entière. Pour moi cela a représenté mon grand lancement à New York. À partir de là, les médias ont commencé à me contacter plus souvent, je suis apparu dans quelques journaux et dans différents programmes de télévision comme le show d’Oprah.

Que signifie pour vous New York ?

C’est le lieu où j’ai tout appris sur la mode. Quand je suis arrivé à la Grande Pomme à 18 ans, j’ai réussi à créer ma propre ligne. Puis, en 2007 je suis venu à Paris travailler pour Ungaro. Je dois dire que New York est synonyme de discipline. C’est là que se trouvent le commerce et l’industrie de la mode. C’est là que j’ai appris jour après jour à vivre comme dessinateur, à supporter la pression exercée par les critiques et les acheteurs et à convertir ma vocation en une activité commerciale.

Dans votre carrière vous avez rencontré beaucoup de célébrités de la mode : êtes-vous ami avec des dessinateurs connus ?

Quand vous êtes dans cette industrie, et à de tels niveaux, vous rencontrez toujours les mêmes personnes dans tous les évènements. Vous finissez par former une espèce de famille. A NY j’ai toujours eu des amis dessinateurs, mes contemporains. À Paris, j’ai pu créer des amitiés avec des dessinateurs que j’admirais depuis longtemps. Pour moi c’est incroyable de pouvoir appeler certains d’entre eux mes amis, comme c’est le cas pour Marc Jacobs, qui a été l’une des premières personnes que j’ai rencontrées à Paris et avec qui l’amitié est née tout de suite. C’est un grand homme. Il y a quelques temps, je l’ai invité à passer des vacances avec ma famille et moi à Carthagène et la Colombie l’a enchanté.

Comment avez-vous connu Madonna ?

À 18 ans j’ai invité à dîner pour la première fois une amie, elle était une mannequin noire et très belle. J’ai dit à mon père que je voulais l’amener dans un bon restaurant. Je suis allé avec elle dans un endroit que je connaissais très bien et dont la propriétaire, Ingrid, était une amie. En arrivant Ingrid, m’a dit que quelqu’un voulait me rencontrer. Elle m’a conduit dans une pièce à l’arrière et là j’ai vu Madonna. Elle avait déjà entendu parler de moi. Grâce au défilé dans le collège, les gens disaient qu’il y avait un enfant créateur de mode. Madonna m’a félicité et m’a demandé de lui montrer mes dessins. J’ai couru à la maison prendre mon carton à dessin pour les lui montrer tous. Elle a adoré mon style. Elle a été la première personne du grand monde de la mode qui a vu mes esquisses. Cette nuit-là, je portais un chapeau de Cowboy et je le lui ai offert. Elle l’a encore et le porte à différentes occasions. Le lendemain sur la plage j’ai rencontré son frère, le cinéaste Christopher Ciccone qui était avec Ingrid et Madonna. Christopher m’a dit que Madonna lui avait parlé de moi et il m’a proposé de faire un suivi des différentes étapes de ma carrière. Depuis il m’a interviewé déjà plusieurs fois afin de réaliser plus tard un jour un documentaire-témoignage. Les années passent et il revient régulièrement pour me filmer.

Comment Cindy Crawford en est-elle arrivée à porter vos créations ?

J’ai rencontré Cindy Crawford dans une librairie avec mon père à New York à 8 ans et lui ai demandé un autographe. Je l’ai revue à 13 ans lors du défilé où j’étais invité par Todd Oldham. Elle m’a reconnu et quand je lui ai dit que mon désir était d’être couturier de mode, elle s’est proposée pour porter mes créations le jour où je ferai un show. Et ainsi, elle a défilé pour ma collection à New York. Mais ce dont je me rappelle le plus lors de cette deuxième rencontre c’est qu’à 13 ans, je me suis assis sur les genoux de Cindy Crawford pour manger des fraises au chocolat. Et en plein défilé. Ha,ha !!!

Et Naomi Campbell ?

Quand je préparais mon deuxième défilé à New York, j’ai été une nuit dans une discothèque qui s’appelait Lotus. C’était l’endroit à la mode. Un de mes très bons amis, maître des lieux, se trouvait ce soir-là avec Naomi. Il m’a présenté à elle. Le lendemain, je travaillais sur le défilé quand le téléphone a sonné. Quelqu’un a répondu ; c’était Naomi qui voulait voir la collection et porter mes modèles. Je ne pouvais pas le croire. Elle a défilé pour moi et à partir de ce moment-là nous sommes devenus amis. Elle m’a toujours soutenu. Cela a été très spécial pour moi.

Comment en êtes-vous venu à être le dessinateur d’Ungaro ?

Je marchais sur la sixième avenue à New York quand j’ai reçu un appel : “Nous t’attendons à Paris”. J’ai tout de suite pris un avion, je me suis présenté au premier entretien et j’ai parlé d’un voyage que j’avais prévu en Colombie. Alors les représentants d’Ungaro m’ont dit que je pouvais partir tranquille. Une fois en Colombie, j’ai eu un pressentiment et j’ai décidé de revenir directement à Paris. Deux semaines plus tard ils me recrutaient.

Comment s’est passée cette première expérience avec Ungaro ?

Ma mère est venue à mon premier défilé. Elle venait d’arriver du Sri Lanka et, pour cette soirée, elle portait un Sari de couleur fuchsia. Suzy Menkes, une journaliste britannique réputée pour ses reportages sur la mode pour le journal International Herald Tribune, a écrit : “le fuchsia que le dessinateur a utilisé dans son défilé faisait écho à la belle couleur fuchsia que portait sa mère au premier rang”. J’étais fier que Suzy Menkes relève le style et l’élégance de ma mère et qu’elle ait mentionné notre lien dans son article. Mon père Valentino était, lui, présent à mon deuxième défilé, car cela coïncidait avec une exposition qu’il réalisait à Paris.

Croyez-vous que vous auriez pu continuer avec Ungaro ?

Je pense que oui, mais pour des raisons personnelles, je n’ai pas pu faire plus. Je ne pouvais pas accepter qu’ils m’imposent une chose avec laquelle je n’étais pas d’accord : l’image de Lindsey Lohan pour la ligne que je dessinais. Je n’avais rien contre elle, mais c’était le concept que je ne partageais pas. Le jour où j’ai arrêté avec Ungaro, Pilar Castaño était à Paris. Je suis allé la voir, nous sommes allés boire un café et elle m’a dit : “En avant. Tu as du talent “.

 

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Qu’a été pour vous Pilar Castaño?

Je l’ai rencontré à l’âge de quatre ans, puisqu’elle était une amie de ma grand-mère. Je me suis rendu compte de son affinité et de sa sensibilité pour la mode. Elle m’a toujours semblé une femme très chic, avec une manière de s’exprimer très élégante. Elle a toujours cru en moi. Elle a été la première à me faire répondre à une interview pour la télé colombienne. Elle est venue avec son matériel à Miami et m’a interviewé pour son programme “Moda, estilo y pasarela”. Elle a organisé le premier défilé de ma collection en Colombie pour la Fondation Foyer Nueva Granada, quand j’avais 20 ans. Elle a été présente à mes côtés pour les moments clés de ma vie.

Comment l’Alliance avec « El Exito » a-t-elle été conclue ?

L’histoire est jolie. A Paris, je suis devenu très ami avec le Consul de Colombie de l’époque, Luis Ferdinand Jaramillo. Il m’a donné tout l’appui du Consulat et j’ai aussi eu celui de l’Ambassade. Avant de quitter Ungaro, le Consul m’a dit qu’il voulait prendre contact avec le groupe Casino pour que nous fassions quelque chose ensemble. Il a fait le premier rapprochement. Et quand j’ai quitté Ungaro, Pilar m’a offert son aide. Finalement l’Alliance a réussi avec l’appui et la médiation de Luis Ferdinando Jaramillo et de Pilar Castaño. Elle a eu lieu en 2010 et cela m’a ouvert des portes dans le pays.

Depuis combien de temps habitez-vous Paris ?

Cela fait 6 ans. Paris m’a changé la vie, m’a poussé dans la créativité, m’a beaucoup aidé à évoluer comme dessinateur, parce qu’ici c’est le plus haut niveau que quelqu’un puisse atteindre en ce qui concerne la mode. Je suis arrivé grâce à Emanuel Ungaro et j’ai décidé de rester pour une raison importante, celle de rester connecté à mes racines européennes. Ma mère est moitié française, moitié anglaise. J’ai les deux nationalités et je n’avais jamais vécu en Europe.

Quel est votre endroit préféré à Paris ?

Le café-bibliothèque “Merci”, sur le boulevard Beaumarchais, pas très loin de la Bastille. C’est le lieu où je vais quand je sors de mon atelier pour prendre un café, voir la mode et des gens différents.

Comment êtes-vous arrivé chez Net à Porter ?

Fin 2011, Natalie Massenet, sa créatrice, m’a contacté pour faire une collection exclusive et de cette façon, relancer ma propre ligne. C’était l’opportunité idéale pour introduire la marque par Internet dans certains pays qui ne la connaissaient pas, tout autour du monde. Pour moi ce fut une surprise de voir que le pays où ma première collection s’est vendue le mieux était l’Australie.

Comment ça s’est passé avec vos collections ?

La deuxième collection a été lancée l’été dernier, d’abord à Paris et ensuite à Londres. J’ai présenté quelques pièces qui peuvent se porter toute l’année comme en automne-hiver avec un manteau par-dessus. Maintenant la collection est exclusivement en ligne avec Net à Porter mais je peux aussi la vendre « offline » dans des magasins. En ce moment, on peut trouver ma ligne dans un magasin qui s’appelle DNA à Riyad, en Arabie Saoudite et à la boutique Marie Luisa au Printemps, ici à Paris. L’idée est d’agrandir l’option d’achat et de permettre au consommateur de voir, de toucher et de sentir la collection.

Avez- vous dessiné quelquefois des vêtements pour homme ?

Non, parce que je crois qu’il m’a fallu du temps pour développer ma « femme » et pour savoir où j’allais en ce qui concerne ma ligne pour elle.

Avez-vous pensé à dessiner des costumes pour le cinéma ou le théâtre ?

Je ne l’ai pas fait, mais ça me plairait. Comme j’ai été toute mon enfance dans le groupe de Misi, j’aimais beaucoup regarder la scène derrière les châssis et c’est pour cela que j’adorerais un jour jouer ou tourner et créer des costumes pour des films.

Quelle est votre pièce favorite dans votre armoire ?

Mon nouveau manteau de Comme des Garçons.

Qu’est-ce qu’a signifié pour vous appartenir au monde de Misi ?

L’unique chose que je voulais, c’était être acteur, danser et chanter. Misi a été la première personne en Colombie à « importer » l’idée de Broadway. Elle a entraîné les enfants d’une manière très professionnelle, très tôt, avec discipline. Elle est super exigeante. C’est la femme la plus incroyable, avec le coeur le plus joli du monde. J’ai grandi avec les shows de Misi et quand je suis parti aux USA, j’ai tout laissé derrière moi; mais je chante encore des chansons de cette époque, parce qu’elles sont ancrées en moi. J’ai une oreille musicale et apprends les chansons facilement, car j’ai grandi dans cet univers. Et oui, je peux chanter très juste.

Qu’est-ce que signifie pour vous la Colombie ?

Je vais en Colombie au moins une fois par an. Je profite beaucoup de Carthagène et des îles. Aller dans mon pays c’est être au milieu de la nature, parce que j’aime me promener dans les villages, dans les montagnes, dans les îles, dans tant de lieux magiques C’est là que je me sens le plus connecté à mon pays et où je suis le plus inspiré et le plus détendu.

Quels sont vos projets professionnels pour cette année ?

Je travaille sur la troisième collection avec Net-a-Porter et je développe la marque avec beaucoup d’émotions. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, mais tout va très bien.

Un rêve à accomplir ?

Avoir mes boutiques à mon nom. Mais mon grand rêve personnel est de faire quelque chose de très grand pour la Colombie. Je crois que j’ai commencé avec le projet d’El Exito. J’aimerais faire quelque chose qui puisse changer ma vie et celle des autres, en leur donnant du travail et l’enseignement. Où je puisse développer et aider des talents, former des personnes qui ont déjà un bon coup d’oeil pour la couture et qui ont juste besoin d’une impulsion. Il semble que la Colombie a un avenir si grand et si intéressant, qu’il me plairait de pouvoir y contribuer.

Est-ce que ça vous plaît ou est-ce que ça vous gêne que les gens vous appellent encore “l’enfant précoce de la mode” ?

Ce n’est pas que ça me gêne, mais il ne me semble pas très logique qu’ils continuent à m’appeler ainsi. J’ai eu 30 ans cette année.

Interview faite et publiée dans le Magazine BOCAS de El Tiempo le 16 mai 2014

 

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