L’équilibre entre humour et émotion

Equipe Plage PLG

Philippe Le Guay, réalisateur et scénariste français.

Par : Carolina Niso

Philippe Le Guay est sans conteste l’un des réalisateurs français les plus reconnus du moment. Après l’immense succès de son film en Amérique Latine “Les femmes du sixième étage”, il nous propose maintenant une nouvelle histoire : “Alceste à bicyclette”. Dans cette interview, il nous parle de son dernier long métrage et évoque l’intimité de son métier.

Au cours d’une promenade à vélo sur l’Île de Ré, Philippe Le Guay a eu une révélation au milieu du chemin après s’être retrouvé avec son ami acteur Fabrice Luchini, qui spontanément s’est mis à réciter l’acte Ier du “Misanthrope” de Molière. A cet instant, Philippe a vu l’histoire en face de lui : deux acteurs retraités qui vivent dans l’île veulent monter l’oeuvre de Molière chacun d’une manière différente. Il décide alors de poursuivre son idée au cinéma.

C’est lors d’une journée froide que j’ai rencontré cet excellent réalisateur.

Au café Wepler, Place Clichy à Paris, durant une heure un peu trop courte, il m’a parlé de sa vie, de sa formation, de sa carrière et de la sortie de son film “Alceste à bicyclette” une histoire qui rend hommage au « Misanthrope » de Molière avec Fabrice Luchini et Lambert Wilson, deux grands acteurs français.

A propos de son style au cinéma, il confie : « c’est un mélange de tons, un équilibre entre humour et émotion. Une alliance des deux. J’essaye de varier aussi, j’aime bien que mes films ne se ressemblent pas. A chaque fois je me dis qu’il ne faut pas refaire le même film que le précédent. »

Il me raconte son parcours : « J’ai commencé mon métier comme un amateur, en écrivant des scénarios pour moi-même. C’est vraiment une vocation qui remonte pratiquement à l’enfance, en tout cas à l’adolescence. A 16 ans j’ai tourné mon premier long métrage en super 8 avec des amis et après je suis entré à l’école du cinéma, l’IDHEC l’Institut des hautes études cinématographiques en 1980. J’ai continué à écrire des histoires, puis les choses se sont enchainées et j’ai pu faire un premier film. »

En Colombie, le public connaît Philippe Le Guay pour son film “les femmes du 6ème étage” qui était projeté dans les salles du pays l’année dernière. Avec cette production, le réalisateur Philippe Le Guay a été l’invité d’honneur du Festival du Cinéma Français en Colombie en 2012.

Alceste Affiche

CN : Quel est le synopsis de votre nouveau film « Alceste à bicyclette » ?

PLG : C’est l’histoire de deux acteurs qui répètent ensemble une scène du « Misanthrope » de Molière. Il y a un enjeu dramatique parce que l’un des deux ne veut plus jouer, il souhaite se retirer. Le décor est très important : l’île de Ré, île sur laquelle les personnages se refugient et circulent à vélo tout le temps : c’est de là que vient le titre du « Alceste à bicyclette ». Ça pourrait être une pièce de théâtre mais l’espace, le climat et les paysages apportent beaucoup à l’ambiance.

CN : Comment choisissez-vous les acteurs pour un film ?

PLG : Ça dépend. Il y a des acteurs avec lesquels j’aime beaucoup travailler, comme Fabrice Luchini. C’est un grand acteur français très respecté par le public, quelqu’un de très cultivé, avec une longue carrière dans le théâtre. Je l’ai rencontré il y a longtemps, presque trente ans. A l’époque, cela lui coûtait un peu de faire des films. C’était déjà une personnalité extraordinaire, un grand amateur de textes et de littérature.

CN : Avez-vous une connexion intellectuelle avec lui ?

PLG : Non je ne pense pas que nous soyons en accord intellectuellement, ce sont toujours de grands débats entre nous. On ne discute jamais de politique mais ça nous arrive de parler littérature, de Flaubert ou de Baudelaire, même en plein tournage.

Nous n’avons pas non plus la même idée sur la vie. Il aime faire le misanthrope mais dans la vie il ne l’est pas tant que ça.

Ph Fabrice chapeau

CN: Combien de personnes font partie de votre équipe de travail ?

PLG: L’équipe est réduite : le scénariste, le monteur, l’opérateur, parfois le musicien, en somme quatre ou cinq personnes.

CN: Qui sont les réalisateurs français que vous admirez ?

PLG : Parmi les réalisateurs déjà disparus, j’admire beaucoup François Truffaut, Claude Sautet et Jean Renoir pour les grands noms. Parmi mes amis, j’ai deux collègues qui étaient dans la même promotion que moi : Arnaud Desplechin et Pascale Ferran. On continue à se voir une fois par an et on se croise parfois. Il y a un autre ami, Christian Vincent avec lequel je partage beaucoup de choses. Et un que j’aime beaucoup aussi, c’est Jean Paul Rappeneau un metteur en scène de ma génération. C’est formidable d’être avec lui.

CN : Avec quel acteur aimeriez-vous travailler?

PLG: J’aimerais travailler avec Javier Bardem, mais d’abord il faut que j’apprenne l’espagnol. (Il rit)

 CN: Vous parlez très bien espagnol. Où l’avez-vous appris? En Espagne ?

PLG: En Espagne et en Colombie aussi

 CN: Combien de fois avez-vous visité la Colombie ?

Deux fois. La première fois en 86 pour rendre visite à un ami et pour découvrir le pays J’ai encore en tête beaucoup d’images de Colombie, j’ai visité différents endroits : Bogota, Cali, Pereira, Carthagène et Santa Marta. Cette fois-ci je suis seulement allé à Bogota pour le festival.

Photo PLG portrait

CN: Êtes-vous fier d’avoir été l’invité d’honneur du Festival du cinéma français en Colombie?

PLG: Bien sûr. C’est Antoine Sebire, l’attaché audiovisuel de l’Ambassade de France, qui m’avait contacté. On a un ami en commun qui habite en Colombie.

CN : Selon vous, que signifie le cinéma pour les gens en France?

PLG: En France l’amour pour le cinéma représente quelque chose. C’est vraiment très inscrit dans la génétique des français. Ils aiment aller au cinéma sans obligation. Ils ne peuvent s’y rendre qu’une ou deux fois par an mais cela représente toujours quelque chose pour eux. J’ai l’impression que dans d’autres pays d’Europe, ce n’est pas la même chose. Les salles se ferment, les cinéastes ne travaillent pas, les acteurs vont à Hollywood. En France en revanche, il y a un attachement, une curiosité. On trouve des films très difficiles et des films exigeants qui font des scores incroyables.

 CN : Trouvez-vous que le cinéma français a gagné en production cinématographique en comparaison du cinéma américain au niveau international ?

PLG: Il y a deux aspects : le premier est le budget et le deuxième les scénarios. Je crois que le cinéma français a gagné une place importante au niveau international grâce à ses histoires. Les gens ont envie de voir les productions françaises comme les américaines. Cependant côté budget, le cinéma américain le multiplie par dix ou par cent et continue donc à avoir une position dominante.

CN: Quel est votre film préféré?

PLG: Ça change tout le temps. Il y a quatre ou cinq films que j’aime revoir sans compter, par exemple « La lumière de la ville » de Châtelaine. Et parmi les films d’Alfred Hitchcock, j’adore un film d’amour qui s’appelle « Vertigo ».

 CN: Connaissez-vous le cinéma colombien ? Un film en particulier ?

PLG: J’ai vu 5 films colombiens et je me souviens d’un de Victor Gavaria, mais le titre ne me revient pas.

CN: Quelles sont vos passions mis à part le cinéma?

PLG: Je suis passionné par la lecture, j’aime beaucoup la peinture aussi, mais pas comme un peintre, plus comme un spectateur.

CN: Si vous n’étiez pas un réalisateur, que seriez-vous ?

PLG: Je pense que d’une certaine façon j’écrirais des histoires. Je ne sais pas si je serais écrivain parce que je n’aurais pas la patience pour le style. Ce que j’aime vraiment c’est le récit, le personnage. Je crois que je raconterais des histoires intéressantes.

CN: Admirez vous quelqu’un?

PLG: Parmi les personnes que j’admire beaucoup, il y a un scénariste qui s’appelait Gérard Brach et qui a travaillé avec beaucoup de metteurs en scène très importants comme Polanski, Antonioni, Ferreri. J’ai eu avec lui un rapport que l’on pourrait qualifier de « maître à disciple ». Je l’aimais beaucoup.

CN: Est-ce que un jour vous aimeriez être nominé aux Oscars ?

PLG: Bien sûr, c’est le rêve de tout réalisateur. Je pense que « Les femmes du 6ème étage » aurait pu être nominé par exemple.

CN: Quels conseils pouvez-vous donner à quelqu’un qui voudrait apprendre le métier de scénariste et de réalisateur au cinéma?

PLG: Ecrire soi-même ses propres histoires. Travailler sur ses propres sujets. Essayer d’exprimer clairement ce qu’on veut dire.

 Philippe Le Guay, n’a rien d’un “Misanthrope”, au contraire, c’est quelqu’un de très chaleureux et d’ouvert à n’importe quel type de discussion. C’est ce que reflètent ses films dans lesquels ses acteurs se confondent avec ses personnages. Il nous transporte vers des univers inespérés et magiques et dans les histoires et dans les scènes! Bravo, son dernier film en est un échantillon.

* Un misanthrope : celui qui a une aversion au traitement humain; celui qui a le caractère brusque, désagréable. Synonyme : sauvage. Une définition du dictionnaire Larousse

INTERVIEW IN SPANISH PUBLISHED IN AVIANCA AIRLINES MAGAZINE FOR THE EDITION OF THE MONTH OF MARCH!

1 thought on “L’équilibre entre humour et émotion

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s